Kathy Acker
Dennis Cooper
Samuel Delany
Mike Duff
Michael Gira
Laura Hird
Shozo Numa
Osvaldo Lamborghini
Sylvere Lotringer
René Schérer
Peter Sotos
David Wojnarowicz
 
 
cahier critique
Fiche technique
Sang et stupre au lycée
janvier 2005
212 pages- 18,90 €
ISBN : 2-268-05-336-9
Désordres
Laurence Viallet

FICHE AUTEUR

BIBLIOGRAPHIE

 
Cahier critique
OUTRAGE
AUX BONNES MŒURS
SOMMAIRE
 
Extraits
 
Les scorpions
Partout sur terre

 

 

 

 
 
Kathy Acker
Par Françoise Palleau-Papin 

Ainsi Kathy Acker, née en 1945 à New York dans un milieu aisé, est la reine de la provocation contre le bourgeois. Elle défend les piercings génitaux et l'éjaculation féminine... Elle est adepte de Bataille et de l'écrivain américain Burroughs et défraie la chronique littéraire dans les années 80. Elle meurt d'un cancer du sein à Tijuana en 1997. A propos d'une anthologie sélective des œuvres de Kathy Acker, Robert Buckeye disait qu'on ne pouvait pas appréhender Acker dans son ensemble, mais trouver chacun pour soi des passages sur lesquels prendre appui. C'est cette expérience de lecture qui reste en mémoire. Il y a des passages qui vous accrochent, d'autres qui vous aguichent, et de nombreux qui agacent. Et pourtant, quelques points d'appui restent, qui font qu'on ne peut lâcher prise. Dès le début de ce récit invraisemblable, un long dialogue bien mené s'évertue à singer les pages psycho des pires journaux qui vulgarisent la psychanalyse, ou encore des sitcoms mélodramatiques, avec une ironie décapante. Tout y est sur l'ego qui a besoin de se reconstruire, chez le mâle ici :

« Oh, Janey. Tu sais que tu comptes énormément pour moi. (Ça marche : Janey éclate en sanglots.) Je suis juste perdu en ce moment. J'ai envie de me retrouver.
Janey : Tu vas me quitter. »


La seule différence, c'est qu'il s'agit d'un dialogue incestueux entre un père et sa fille de dix ans. La peur de l'adulte à poser des repères d'autorité ou de moralité devient franchement comique dans une phrase comme celle-ci : « Cette nuit-là, pour la première fois depuis des mois, Janey et son père couchent ensemble parce que sinon Janey n'arriverait pas à dormir. » On se place d'emblée dans l'amoralité la plus totale, qui donne au livre ses meilleurs moments. Ses pires sont les passages militants où un message politique passe lourde- ment, sur la liberté sexuelle par exemple, avec des dessins pornographiques d'un graphisme lamentable. Le livre déploie une grande versatilité de styles : dialogues ironiques, récit plus réaliste d'avortement clandestin; la description des bas quartiers de New York est particulière- ment réussie, entre dérision et froideur clinique ; pseudo poèmes persans que Janey écrit pendant sa séquestration ; réécriture iconoclaste de la Lettre écarlate à en faire se retourner Hawthome dans sa tombe, traduction irrévérencieuse de poésie latine ; mythe de la création revisité avec dessins et texte. Janey, dont le prénom est un écho du nom de Jean Genet, rencontre en Afrique du Nord l'écrivain français qui est pour elle une figure tutélaire. L'écriture rejette le récit linéaire et lui préfère les biffures, les reprises nombreuses du même passage avec d'infimes variations, et l'accumulation de formes narratives les plus variées possibles. Malgré ses scories, ce roman passe la rampe.
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La quinzaine littéraire
le 16 février 2005

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