Émile perverti

Publié le 9 Novembre 2006 - Désordres / Laurence Viallet
Epuisé
192 pagesISBN : 2-268-05-930-9

Émile perverti fut originellement publié en 1974 chez Robert Laffont, dans la collection de Jean-François Revel (intitulée paradoxalement, si l’on considère la réaction actuelle ambiante, « Libertés 2000 »). Cet essai rencontra à l’époque un grand succès : on était alors en pleine « révolution sexuelle », au lendemain des mouvements de mai 68, et l’ouvrage répondait à l’introduction d’une éducation sexuelle obligatoire dans les écoles. Il nous paraît essentiel aujourd’hui, en notre époque de « panique morale », de rééditer cet essai portant sur la pédagogie (celle dont nous avons hérité depuis Rousseau), l’éducation, l’enfance et leur rapport à la sexualité.
Appuyant son propos sur l’ Émile de Rousseau, René Schérer puise aussi bien chez William Reich, Freud, Kant, Fourier, que chez ses contemporains – Deleuze, Guattari, Foucault. Selon l’auteur, la pédagogie moderne s’est fondée sur l’exclusion du désir dans la relation enseignante. Ce refoulement, sous-tendu par toute une littérature psycho-pédagogique, a un effet normatif sur la psyché et le corps des adultes en devenir, érigeant en modèle la famille nucléaire, à fonction reproductive. À la fois commentaire et détournement de texte, Émile perverti offre une déconstruction de l’éducation moderne, de ses non-dits, et des projections morales que portent les adultes sur les enfants. Attaquant la prétendue libération sexuelle, il dénonce la « puérilisation » de la sexualité adulte. La pédagogie, l’éducation, infusant tout le corps social puisque formant les futurs citoyens, constitue ainsi le socle liberticide du contrôle social de la sexualité. Les analyses de René Schérer – marquées par un humour décapant et un souffle libertaire salutaire – sur l’hétéro-centrisme, la reproduction des normes, la négation du désir de l’enfant, l’exigence d’« innocence » d’une société répressive, la révolution sexuelle, semblent en 2006 plus que jamais nécessaires.